De la honte de vous envier

La semaine dernière, la Cour de Cassation a donné raison aux familles homoparentales dans leur combat pour adopter leur propre enfant issu de PMA à l’étranger. J’ai été heureuse, j’ai même poussé un petit cri dans mon bureau, j’ai posté l’info sur facebook, j’ai pensé à mes copines qui devaient enfin être si soulagées, et puis je me suis effondrée.
Non pas que la nouvelle ne m’ait pas plu, au contraire. C’est plus le vide qu’elle créait en moi. Ce vide, un peu comme un matin de Noël dans sa famille où tout le monde s’extasiait sur la petite fille de deux ans et où, au lieu de rester heureuse, je me retrouvais à pleurer dans ma chambre notre rêve de fonder une famille.
Quand les joies des autres ne suffisent plus à me rendre joyeuse, voire même quand elles me déstabilisent et me font chouiner, j’ai honte. J’ai honte de ne pas me satisfaire pour les autres, d’être égoïste, puis j’ai honte de ne pas avoir réussi à donner d’enfant à ma femme, de ne pas parvenir à « ne plus y penser » (le prochain qui me dit ça je lui ébouillante le visage et lui demande d’aller s’allonger au soleil et de ne plus y penser. Ça fait mal ? ben moi ça me fait pareil, na.). J’ai honte de ne même plus avoir la force de repartir, de paniquer à la simple évocation d’un départ en Belgique, d’avoir peur de ne plus vivre, de retourner dans ce tunnel qu’ont formé 3 ans et demi de PMA à l’étranger. J’ai honte de vivre dans un pays où on préfère que les enfants naissent de viols ou de soirées arrosées en boîte de nuit plutôt que d’amour. Non pas que j’aie quoique ce soit à reprocher à ces enfants, leurs parents font bien ce qu’ils veulent tant qu’ils aiment leurs rejetons, mais bien que la France hiérarchise les façons de faire des enfants d’une manière qui m’interpelle.
Linem l’a écrit « Qu’on a pas envie d’entendre « qu’on pourrait très bien faire autrement » ». Oui voilà, autrement. En couchant avec un homme, n’importe lequel. Je pense que ma voisine Josette (une hétéro…) serait ravie qu’on lui propose de passer aux filles pour garantir sa contraception. Ben quoi, elle l’a choisi de coucher avec des hommes non ? Ben faut assumer ! Quand on couche avec des hommes on tombe enceinte.
Et quand on est lesbienne, on n’a pas d’enfant.
Alors, oui les copines, j’ai vraiment été heureuse pour vous la semaine dernière. Mais je ne vous mentirai pas, une part de moi me soufflait au fond « Vous les avez vos gosses, c’est déjà bien non ? Moi j’ai même pas le droit de me battre pour les miens ». Et j’ai eu honte.
Oui, mes amis, j’ai vraiment aimé vos photos de bambins sur le chemin de l’école à la rentrée. Mais je ne vous mentirai pas, une part de moi au fond pleurait « Vous pleurez le fait qu’ils grandissent si vite… Et moi je pleure qu’il ne grandisse pas. ». Et j’ai eu honte.
Oui, mes collègues, j’ai vraiment été embêtée quand vous m’avez expliqué la solitude de votre fille à la récré. Mais je ne vous mentirai pas, une part de moi au fond rageait de ne pouvoir s’inquiéter de son enfant aussi. De ne même pas avoir le droit, en France, de penser à fonder une famille avec mon épouse. Et je n’ai pas à avoir honte. J’ai à avoir envie de me battre pour faire changer les choses. Et en attendant, je vais me contenter d’aller me goinfrer de gaufres…

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Et sinon, vous faites quoi samedi ???

Samedi prochain, le 28 juin, c’est J-7 de mon mariage (grosse pression), mais c’est aussi et surtout la Marche des Fiertés de Paris.

Contrairement à ce que certains peuvent penser, ce moment est toujours hyper important. Nous n’avons pas tous les mêmes droits encore aujourd’hui :

  • certains couples bi nationaux ne peuvent pas se marier
  • les personnes Trans vivent un nombre de discris que je ne peux pas lister tant il y en a
  • la PMA pour toutes les femmes n’est toujours pas envisagée sérieusement en France et nous contraint à partir à l’étranger faire des actes médicaux complexes
  • l’uniformité des jugements rendus dans les adoptions intrafamiliales est encore une fiction, notamment du fait du point précédent
  • la filiation reste basée sur un mensonge pseudo procréatif (laisser penser à l’enfant qu’il est biologiquement issus de deux parents s’ils sont homme et femme, quelque soit la méthode de conception…) au lieu de s’appuyer sur le projet parental des parents, ce qui mettrait toutes les familles sur un plan d’égalité
  • l’accès à la santé pour tous de la même manière est encore un rêve en France
  • etc.

Nous sommes tous concernés. Non, cette marche n’est pas qu’un défilé de plumes et boas. Non, le mariage n’est pas et NE PEUT PAS ETRE un aboutissement.

Oui, nous avons besoin de tous et toutes. Il est indispensable que la frange radicale de la France ne soit pas la seule à faire du bruit, et si le mouvement LGBT a décidé de concentrer ses efforts sur une seule Marche, il s’agirait qu’il y ait du monde derrière les banderoles.

Alors cette année, comme les autres, je marcherais. Pour mes droits, pour les vôtres, pour ceux de mes peut-être un jour enfants, ici et ailleurs.

Je compte sur vous.

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Je n’avais pas réalisé combien nous n’étions pas mariées avant hier, quand se marier est devenu une réalité

« Je n’avais pas réalisé combien nous n’étions pas mariées avant hier, quand se marier est devenu une réalité et que, d’un coup, nous sommes devenues officiellement, légalement engagées l’une à l’autre. »

L’article original est ici, en anglais, et c’est drôlement touchant 🙂

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« Tu as prévu une télé pour ton mariage ? »

Non mais franchement ? Ai-je une tête d’organisatrice de retransmission de Coupe du Monde ??

Alors pour répondre à tous ceux et celles qui me le demandent, non, mon rêve n’est pas que vous passiez votre soirée de MON mariage, à regarder un match de foot, aussi quart de finale soit-il.

Sérieusement ? Vous imaginiez vraiment que j’allais louer un écran géant pour qu’on diffuse le match pendant le repas ? Alors c’est mal (très mal) me connaître ! Je suis égoïste aux yeux de certains sur ce coup là, mais pas tant que ça en fait : je n’ai pas interdit de diffusion de la coupe du monde, j’ai juste dit que je ne m’en occuperai pas 🙂 Il y a des limites à mon abnégation…

Par ailleurs, cette jeune femme explique parfaitement pourquoi je boycotte la coupe du monde 2014 :

 https://www.youtube.com/watch?v=Vbhua3Ejqa8

Homos : un an après le mariage, la famille pour tous attendra

Excellent article avec l’association des enfants d’arc-en-ciel, bravo !

Enfants d'Arc en ciel-LE BLOG!

Article de Métronews du 22 avril 2014

« Enfin, la procréation médicalement assistée (PMA) est certainement le plus gros regret des associations LGBT, qui constatent que la loi pour l’ouvrir aux couples homosexuels a été renvoyée aux calendes grecques. « Il y a une vraie hypocrisie puisque les couples de lesbiennes sont contraintes d’aller à l’étranger pour se faire inséminer mais sont autorisés à élever les enfants en France », s’indigne la présidente d’Arc en Ciel, qui milite pour que « le gouvernement aille jusqu’au bout de sa promesse » et que la PMA soit débattue et adoptée. »

« Si le mariage est devenu réalité, la famille pour tous reste le rêve de nombreux couples homosexuels. Et leur combat. »

Pour lire l’article en entier: cliquer ici

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C’était il y a un an…

Il y a un an tout juste, je vous racontais l’une des plus folles journées de ma vie ici.

Un an plus tard, où en sommes-nous ?

Passée l’énorme gueule de bois (au sens propre et au sens figuré…) de cette journée historique, il a bien fallu se rendre compte des réalités : contrairement à ce que racontent en boucle les médias depuis quelques jours, la loi n’a pas révolutionné la vie de tous ces homosexuels…

Certes, les gays, lesbiennes, bi et trans qui le souhaitent peuvent se marier. Mais pas si l’un d’entre eux est étranger :

« Si les futurs époux sont de même sexe, ni l’un ni autre ne doivent être citoyens d’un des pays suivants : Algérie, Bosnie-Herzégovine, Cambodge, Kosovo, Laos, Maroc, Monténégro, Pologne, Serbie, Slovénie, Tunisie »(1)

Certes, les gays, lesbiennes, bi et trans qui le souhaitent, peuvent adopter un enfant à l’étranger. Mais seulement dans quelques pays du monde :

« Les personnes homosexuelles peuvent adopter en célibataire et, depuis la promulgation de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe (18 mai 2013), en tant que couple marié.

Cette loi permet désormais à un couple d’homosexuel-le-s d’adopter, à la condition que ceux-ci(celles-ci) soient marié(e)s, la loi n’autorisant pas l’adoption par plusieurs personnes « si ce n’est par deux époux » ( article 346 du Code civil). 
Pour les couples homosexuel(le)s, les conditions sont les mêmes que celles en vigueur pour tout couple marié : demande d’agrément commune, évaluation sociale et psychologique du couple, agrément délivré au nom des deux membres du couple, etc.

En revanche, il convient d’informer les personnes homosexuelles que certains OAA (organismes autorisés pour l’adoption) et la plupart des pays étrangers préfèrent des familles « traditionnelles » de peur que les enfants qu’ils confient, qui souffrent déjà de leur passé et qui ont des problèmes d’identité, ne parviennent pas à gérer sereinement cette particularité supplémentaire. Certains pays prohibent officiellement ou dans les faits l’adoption par des personnes homosexuelles. »(2)

Certes, les lesbiennes, gays, bi et trans qui le souhaitent, peuvent adopter leurs propres enfants. Mais pas si les parents sont séparés. En général, c’est ici que les gens ont plus de mal à suivre :

  1. Le seul moyen de filiation entre un parent et son enfant non biologique est l’adoption.
  2. Pour pouvoir adopter, il faut être marié.
  3. Un mariage blanc, aussi appelé mariage de complaisance, est un mariage contracté dans d’autres buts que la vie commune.(3) Un mariage entre deux personnes séparées en vue d’adopter leurs propres enfants, est donc un mariage blanc (illégal, quoi).

Certes, les lesbiennes qui le souhaitent, peuvent aller faire leurs enfants en Belgique ou en Espagne (mais ça elles le pouvaient avant la loi aussi, hein). Mais elles ne peuvent pas reconnaître ces enfants. En effet, la reconnaissance en Mairie (qui s’applique aux couples hétérosexuels non mariés) ne s’applique pas aux couples de femmes. L’idée est de garder le mythe de la « réalité biologique » (un homme sans spermatozoïdes + une femme ça peut faire des enfants, c’est bien connu !).

Certes, les lesbiennes qui le souhaitent, peuvent aller faire leurs enfants en Belgique ou en Espagne. Mais elles en peuvent pas bénéficier de la présomption de paternité (qui s’applique aux couples hétérosexuels mariés) :

La présomption de paternité est une présomption légale1 consistant en l’attribution à l’époux de la paternité des enfants mis au monde par sa conjointe en se dispensant d’examiner la question de la réalité biologique de cette filiation ; celle-ci restant présumée et contestable par une expertise biologique, hormis dans le cas d’une procréation médicalement assistée hétérologue (avec tiers donneur)2. Elle a été exprimée par le principe de droit romain Mater semper certa est ; pater is est quem nuptiæ demonstrant : « (L’identité de) la mère est toujours certaine ; le père est celui que le mariage désigne ». (4)

Bref, un an après le passage de la loi, je suis contente que cette loi soit passée, que certaines choses aient un peu bougé, mais je suis effondrée quand je regarde les disparités de traitement qu’il existe désormais entre les personnes LGBT et entre leurs enfants.

Le législateur doit impérativement se saisir de ces questions car d’ici là, tous les enfants ne sont pas protégés, les hétéros continuent de mentir à leurs enfants (sur l’utilisation d’une PMA pour leur venue au monde), les lesbiennes continuent de dépenser 1/3 de leurs revenus à l’étranger et de risquer leur santé en bravant les interdictions légales pour faire des enfants sur le territoire français.

En conclusion, non, Messieurs et Mesdames les journalistes, cette loi n’est pas suffisante, elle n’a pas changé toutes les vies et nous sommes encore en droits de demander l’Egalité, la vraie.

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(1) : source : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F930.xhtml
(2) : source : 
http://www.adoptionefa.org/index.php/questions-generales/qui-peut-adopter#p6
(3) : source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mariage_blanc
(
4) : source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Présomption_de_paternité