C’était il y a un an…

Il y a un an tout juste, je vous racontais l’une des plus folles journées de ma vie ici.

Un an plus tard, où en sommes-nous ?

Passée l’énorme gueule de bois (au sens propre et au sens figuré…) de cette journée historique, il a bien fallu se rendre compte des réalités : contrairement à ce que racontent en boucle les médias depuis quelques jours, la loi n’a pas révolutionné la vie de tous ces homosexuels…

Certes, les gays, lesbiennes, bi et trans qui le souhaitent peuvent se marier. Mais pas si l’un d’entre eux est étranger :

« Si les futurs époux sont de même sexe, ni l’un ni autre ne doivent être citoyens d’un des pays suivants : Algérie, Bosnie-Herzégovine, Cambodge, Kosovo, Laos, Maroc, Monténégro, Pologne, Serbie, Slovénie, Tunisie »(1)

Certes, les gays, lesbiennes, bi et trans qui le souhaitent, peuvent adopter un enfant à l’étranger. Mais seulement dans quelques pays du monde :

« Les personnes homosexuelles peuvent adopter en célibataire et, depuis la promulgation de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe (18 mai 2013), en tant que couple marié.

Cette loi permet désormais à un couple d’homosexuel-le-s d’adopter, à la condition que ceux-ci(celles-ci) soient marié(e)s, la loi n’autorisant pas l’adoption par plusieurs personnes « si ce n’est par deux époux » ( article 346 du Code civil). 
Pour les couples homosexuel(le)s, les conditions sont les mêmes que celles en vigueur pour tout couple marié : demande d’agrément commune, évaluation sociale et psychologique du couple, agrément délivré au nom des deux membres du couple, etc.

En revanche, il convient d’informer les personnes homosexuelles que certains OAA (organismes autorisés pour l’adoption) et la plupart des pays étrangers préfèrent des familles « traditionnelles » de peur que les enfants qu’ils confient, qui souffrent déjà de leur passé et qui ont des problèmes d’identité, ne parviennent pas à gérer sereinement cette particularité supplémentaire. Certains pays prohibent officiellement ou dans les faits l’adoption par des personnes homosexuelles. »(2)

Certes, les lesbiennes, gays, bi et trans qui le souhaitent, peuvent adopter leurs propres enfants. Mais pas si les parents sont séparés. En général, c’est ici que les gens ont plus de mal à suivre :

  1. Le seul moyen de filiation entre un parent et son enfant non biologique est l’adoption.
  2. Pour pouvoir adopter, il faut être marié.
  3. Un mariage blanc, aussi appelé mariage de complaisance, est un mariage contracté dans d’autres buts que la vie commune.(3) Un mariage entre deux personnes séparées en vue d’adopter leurs propres enfants, est donc un mariage blanc (illégal, quoi).

Certes, les lesbiennes qui le souhaitent, peuvent aller faire leurs enfants en Belgique ou en Espagne (mais ça elles le pouvaient avant la loi aussi, hein). Mais elles ne peuvent pas reconnaître ces enfants. En effet, la reconnaissance en Mairie (qui s’applique aux couples hétérosexuels non mariés) ne s’applique pas aux couples de femmes. L’idée est de garder le mythe de la « réalité biologique » (un homme sans spermatozoïdes + une femme ça peut faire des enfants, c’est bien connu !).

Certes, les lesbiennes qui le souhaitent, peuvent aller faire leurs enfants en Belgique ou en Espagne. Mais elles en peuvent pas bénéficier de la présomption de paternité (qui s’applique aux couples hétérosexuels mariés) :

La présomption de paternité est une présomption légale1 consistant en l’attribution à l’époux de la paternité des enfants mis au monde par sa conjointe en se dispensant d’examiner la question de la réalité biologique de cette filiation ; celle-ci restant présumée et contestable par une expertise biologique, hormis dans le cas d’une procréation médicalement assistée hétérologue (avec tiers donneur)2. Elle a été exprimée par le principe de droit romain Mater semper certa est ; pater is est quem nuptiæ demonstrant : « (L’identité de) la mère est toujours certaine ; le père est celui que le mariage désigne ». (4)

Bref, un an après le passage de la loi, je suis contente que cette loi soit passée, que certaines choses aient un peu bougé, mais je suis effondrée quand je regarde les disparités de traitement qu’il existe désormais entre les personnes LGBT et entre leurs enfants.

Le législateur doit impérativement se saisir de ces questions car d’ici là, tous les enfants ne sont pas protégés, les hétéros continuent de mentir à leurs enfants (sur l’utilisation d’une PMA pour leur venue au monde), les lesbiennes continuent de dépenser 1/3 de leurs revenus à l’étranger et de risquer leur santé en bravant les interdictions légales pour faire des enfants sur le territoire français.

En conclusion, non, Messieurs et Mesdames les journalistes, cette loi n’est pas suffisante, elle n’a pas changé toutes les vies et nous sommes encore en droits de demander l’Egalité, la vraie.

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(1) : source : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F930.xhtml
(2) : source : 
http://www.adoptionefa.org/index.php/questions-generales/qui-peut-adopter#p6
(3) : source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mariage_blanc
(
4) : source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Présomption_de_paternité

 

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Aujourd’hui je pense aux oubliés de l’égalité

Les mariages pullulent et ne se ressemblent pas, mais l’émotion d’enfin pouvoir se dire « oui » devant M. (ou Mme) le Maire, c’est tout de même un truc incroyable auquel on a encore du mal à croire !

Malheureusement, j’ai aujourd’hui une pensée pour tous ceux pour qui ce projet de loi a créé des espoirs qui se retrouvent déçus.

Je pense aux couples de femmes séparées dont la maman sociale ne pourra pas adopter l’enfant. En effet, pour adopter, en France, il faut être marié. Et dans ce contexte, cela reviendrait à faire un mariage blanc, ce qui est toujours illégal… Ces femmes ont parfois reconstruit leur vie, souhaitent avoir un autre enfant avec leur nouvelle compagne, l’adopter et doivent pour cela se marier. L’ainé se retrouve donc dans l’incapacité légale d’avoir ses deux parents reconnus par la loi et reste en danger.

Je pense aux couples d’hommes en train d’attendre leur enfant adopté à l’étranger en tant qu’homme seul, qui ne peuvent risquer de tout flanquer par terre pour se marier. Ils s’aiment certainement très fort mais ne peuvent protéger leur famille…

Je pense évidemment aussi aux couples bi-nationaux dont le pays de l’un lui interdit de se marier avec une personne de même sexe en France…

Et je pense à tous ceux et toutes celles qui espéraient la filiation dès la naissance et qui doivent aujourd’hui financer de nouvelles procédures complexes pour espérer pouvoir adopter leur enfant. L’adoption est un pas, mais il marginalise encore et toujours ces enfants qui, selon le bon vouloir du juge, peuvent être adoptés en simple ou en plénière, plus ou moins vite, avec plus ou moins de visites de l’assistant-e social-e.

Certains voudraient que je mentionne ici la PMA comme grosse déception et c’en est une. Mais la filiation dès la naissance me semble tellement plus structurante des droits de l’enfant, que je la place au premier rang des oubliés qui nous manquent aujourd’hui. La PMA concerne les parents avant tout, et bien qu’elle soit très pénible, coûteuse et usante à l’étranger, elle ne garantirait pas plus de droits à l’enfant d’une famille homoparentale qu’il n’en a aujourd’hui. La filiation, elle, le protègerait dès sa naissance, comme tous les enfants.

Vous êtes-vous déjà posé la question de la légitimité de la présomption de paternité des hommes mariés, ou même de la reconnaissance en mairie des couples hétéros non mariés ? Le père légal pourrait tout à fait ne pas être le père biologique, que la femme ait eu un amant ou qu’ils aient eu recours à un donneur de sperme, et ça, tout le monde s’en fout. Alors ne nous trompons pas de combat, c’est la filiation qu’il faut réclamer à corps et à cris, plus encore que la PMA.

Aujourd’hui, je pense à tous ceux que la loi oublie et qui se retrouvent bien plus isolés qu’il y a quelques mois. Aujourd’hui, nous fêtons l’égalité dans les mairies tous les week-end, mais n’oublions pas que pour certains, cette égalité n’est toujours qu’un rêve.

***

Nota : trois remarques avant de laisser libre cours aux éventuelles remarques :

  • je ne suis évidemment pas opposée à la légalisation de la PMA pour toutes les femmes en France, étant moi-même en parcours depuis plusieurs années à l’étranger, mais je crois que la priorité doit revenir à la protection des enfants par la filiation dès la naissance.
  • un autre combat qu’il me semble nécessaire de mener très rapidement concerne évidemment les droits des personnes trans, mais c’est encore un peu plus hors sujet « mariage » que ce que je viens d’énoncer. Ces personnes recevront néanmoins toujours mon soutien et font également partie des frustrés de l’égalité.
  • mes propos n’engagent que moi, évidemment.

Chronique d’une militante ordinaire

mariage-pour-tous-decouvrez-la-campagne-oui-legalite

Mardi 23 avril 2013

17h07 : En direct de l’Assemblée Nationale, la larmichette qui pointe déjà le bout de son nez en entendant certains députés expliquer leur vote en faveur de l’égalité de tous devant le mariage, voilà un troupeau de jeunes puceaux en cols vichy qui se jettent sur nous, nous piétine pour aller accrocher une banderole en criant « référendum » dans l’hémicycle. Panique, angoisse, stress et trouille au rendez-vous, nous tentons de nous calmer pour ne pas nous faire sortir à notre tour, pas si près du but.

17h09 : Claude Bartolone proclame les résultats du vote. Nous pleurons de joie, de bonheur, de fierté, d’émotion. Les députés se tournent vers nous, extrêmements émus eux aussi, et je ne peux m’empêcher de leur dire « merci ». Illico presto, un huissier me demande de passer au dernier rang. Ben oui, quoi, faut pas parler aux députés voyons. M’en fout, le vote est passé et je ne pouvais pas ne pas les remercier pour ce qu’ils ont enduré depuis des mois pour qu’un jour, proche maintenant, je puisse parader dans ma belle robe à froufrous au bras de ma femme. Du dernier rang, entre deux sanglots, j’entends, plus que je ne vois, Christiane Taubira lâcher encore quelques mots forts et puissants, un message à ceux qui ont été blessé, un message aux plus jeunes pour leur assurer leur « normalité » malgré une minorité virulente ces derniers temps.

17h15 : après avoir applaudi et salué Corinne Narassiguin, nous voilà dans le grand escalier, en train de descendre pour regagner l’extérieur quand une blonde décolorée se fait huer. Insulter. Hurler dessus. Bon, il faut dire aussi que ça fait des mois que l’on dit aux militants LGBT de ne pas être violents, alors forcément, le jour où ELLE passe sous leur nez, ils ont un peu de mal à ne pas la traiter d’homophobe. Sa réaction est surprenante, elle semble désemparée et inquiète de réaliser qu’autant de gens la détestent. Et oui Virginie, c’est ça qui est dur dans la vraie vie : affronter les yeux dans les yeux des gens que l’on a fait souffrir depuis si longtemps !

17h40 : Nous retrouvons une députée PS avec qui nous allons boire un verre dans un café proche. Déjà, les CRS barricadent énormément le quartier, nous obligeant à faire quelques détours. Après une fausse alerte à la bombe dûe à une paranoïa ambiante, nous profitons d’un verre convivial avec la députée et son attachée.

18h30 : Nous décidons de nous rendre en métro au lieu de rendez-vous, place Baudoyer devant la Mairie du IVème arrondissement. Dans le métro, à Concorde, un groupe de pro-mariage scande des slogans que nous reprenons en choeur, certains un peu inquiets de se faire repérer par des opposants qui auraient pu être violents, comme ils l’ont prouvé ces dernières semaines. Finalement la liesse prend le dessus et c’est en criant notre joie de voir l’égalité avancer que nous arrivons sur une place surchargée ! Après un déplacement en mode « à la queue leu-leu » un peu compliqué, nous finissons par nous approcher du podium où les discours se succèdent. C’est une foule heureuse et fière qui se masse ici. Des homos, des trans, des hétéros, des rien-du-tout et des tout-ça-en-même-temps se mélangent et partagent leur joie et leur émotion.

19h15 : Elle pose un genou au sol, me regarde avec un grand sourire et un oeil brillant et me demande : « Veux-tu m’épouser en 2014 ? ». Les amis applaudissent, et je lui réponds « oui », ce « oui » que j’ai tant rêvé de lui dire et qui devient aujourd’hui enfin une réalité… Un si joli jour pour une si jolie demande ! Je réalise que demain, nous fêterons notre troisième année de PACS, triste démarche administrative, dont la date s’efface mois après mois pour ne laisser dans nos mémoires que celle de notre grande fête de juillet 2010.

22h00 : Quelques bières plus tard,  nous partons dîner dans un restaurant japonais qui nous offre le champagne et nous profitons de ces instants de bonheur, entre amis, conscients de l’immense chance que nous avons de nous trouver à cet endroit à ce moment précis de l’histoire. Nous avons gagné, nous avons fait avancer l’égalité d’un pas aujourd’hui. La Marseillaise dans la rue, les caméras, encore et toujours, les interviews, les textos des parents, des amis, des collègues : ce soir, nous sommes à la fête et tout notre entourage le sait et pense à nous. Ce soir, notre coeur est un peu plus gros que d’habitude, notre ivresse un peu plus joyeuse et nos rencontres un peu plus jolies.

01h00 : Arrivée dans un bar où se tenait une soirée, nous voici à une douzaine à partager une autre bouteille de champagne offerte par un ami. La vie est belle, la fatigue se fait sentir mais l’instant présent est imprégné d’une richesse et d’une émotion que nous garderons tous présentes au fond de nous pour les coups durs que la vie ne manquera pas de nous offrir dans notre chemin vers l’égalité.

03h00 : Epuisée mais heureuse, je jette un oeil aux journaux des chaînes d’information en continu et constate que toutes parlent de cette victoire de la Démocratie sur la haine, de l’amour sur le terrorisme. Dans un demi sommeil, dans ma tête résonne encore « Egalité ! Egalité ! On va s’marier ! Et adopter ! »…

Mardi 24 avril 2013

7h00 : « Aïe, ma tête… C’est pas grave, on va se marier !!!!! » et la fierté d’être enfin une citoyenne comme les autres me donne la force de me lever et de partir heureuse au travail, sur mon petit nuage. Finalement hier, c’est un peu comme si j’avais rencontré l’amour une nouvelle fois…