A quoi sert un blog sur le mariage gay ?

Je ne suis pas sectaire, bien au contraire, je ne suis pas « ghetto », ni très « milieu ». Et pourtant, j’ai décidé il y a quelques mois de créer un blog dédié à l’organisation des mariages des personnes de mêmes sexes…

Pourquoi ?

Au début il m’était très difficile de répondre à cette question. J’y voyais un besoin de recenser les prestas « gay friendly » au début, le moyen de centraliser les trucs et astuces pour adapter le mariage hétéro au mariage homo. Et puis j’y ai vu un endroit pour échanger des idées sur les mariages en général, un blog où l’on trouverait des conseils… Mais pas un blog rédactionnel, car ça non, je ne suis pas capable d’une telle rigueur ! Alors j’ai pris l’habitude de renvoyer vers les sites qui me plaisaient, au fur et à mesure.

Et puis les billets militants ont commencé à poindre leur nez et finalement, aujourd’hui, ce blog, c’est une somme de plein de choses qui gravitent autour de l’organisation d’un mariage homo. Car on ne pourra pas dire que ces mariages ne sont jamais militants ! Par le regard des autres, par la fierté de sortir de la mairie au bras de sa femme ou son mari, par la pression des normes hétéros sur tous les objets attenants au mariage (faire-part, figurines, décos, etc.) et des coutumes également (allez, challenge, on compte combien de maire vont nous faire le « allez, je vous embrasse toutes les deux, c’est bien parce que d’habitude je n’embrasse d’une seule mariée à chaque fois ha ha ha » 😉 )

Alors finalement, c’est parce que vous me donnez tant d’idées avec les organisations de vos mariages que je trouve encore de quoi sortir aujourd’hui ce 100ème billet de Il Vaut mieux Un Mariage Gay, et je vous en remercie 🙂

N’hésitez surtout pas à continuer de m’envoyer toutes vos idées et préoccupations, je me ferai un plaisir de chercher pour vous et de partager avec tout le monde le résultat de ma quête !

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Peut-on être tiède au sujet du mariage pour tous… et être invité à mon mariage ?

Hier soir nous avions des amis à la maison et, comme cela arrive souvent, nous avons dérivé de « notre mariage » à « le mariage pour tous, l’adoption, les manifs pour et contre, etc. ».

Jusque là rien d’anormal. Mais au moment où j’exprime mon agacement face à certaines personnes de mon entourage qui ont été « tiède » pendant les débats (ni pour ni contre, bien au contraire), mon amie m’explique que je ne peux pas reprocher à des gens (qui ne sont pas homophobes voyons) d’avoir du mal à se projeter sur le sujet et à aller chercher des informations. De ce fait, ils ont donc une opinion fondée sur une méconnaissance du sujet. Ce raisonnement, je le comprends, je le suis même (en passant sur le fait que les gens qui ont un avis sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas commencent à me fatiguer un peu). Ce que j’ai plus de mal à comprendre, c’est qu’on soit tiède quand on est dans mes contacts proches.

  • Soit c’est un manque d’information et, compte tenu du volume d’infos que je partage sur facebook, c’est quasi de la mauvaise volonté (là je suis ironique, parce que j’ai un peu tendance à inonder mes contacts fb…),
  • Soit c’est une croyance religieuse (et là il n’y a rien à faire, les croyances n’étant pas rationnelles)
  • Soit c’est de l’homophobie ordinaire (l’homme n’est pas l’égal de la femme et inversement, il est donc impossible qu’un enfant s’épanouisse avec deux hommes ou deux femmes comme parent car il manquera de référent de l’autre sexe. Et oui, c’est aussi de l’homophobie)
  • Soit c’est du sexisme primaire (l’homme est différent de la femme : le papa gronde, la maman câline, etc.)

Bref, en y réfléchissant à deux fois, je dois dire que ma tolérance s’arrête à une frontière très nette aujourd’hui : celle de l’intolérance des autres qui, bien qu’ils me soient proches, estiment que mon couple n’en est pas un pour de vrai, que ma compagne et moi-même ne pourrons pas élever correctement un enfant ou encore pire : le fameux « oui mais vous c’est pas pareil ».

Alors mes chers amis, sachez que vous ne serez pas invités à mon mariage. Nous avons accepté certaines personnes qui ne nous ont pas soutenues, voire même qui ont marché contre nos droits, pour des raisons essentiellement de courtoisie familiale. Nous n’inviterons pas ceux de nos proches qui ne comprennent toujours pas qu’ils ne peuvent pas dire que nous comptons pour eux mais qu’ils sont « tièdes » quant à nos droits et au bonheur de nos (futurs) enfants.

Mariage et militantisme : on ajuste comment ?

Se marier, vous en aviez envie, vous vous êtes battus pour, vous en avez enfin le droit !
Oui mais comment garder cet esprit militant et l’associer à l’organisation de la fête ?

Vous êtes militant, vous vous êtes engagés dans le combat pour l’égalité des droits, depuis longtemps ou simplement pour le mariage, vous avez « mouillé la chemise » comme on dit et vos proches n’osent plus aborder le sujet de peur de vous voir partir dans une longue tirade ? C’est bien, car grâce à vous et à votre investissement, l’ensemble de la société a évolué et la démocratie a avancé. Du coup, tout le monde attend votre mariage avec beaucoup d’impatience.

[Vous noterez que l’on ne vous demande pas si vous voulez vous marier, mais quand vous allez le faire ! Ben oui, après avoir pourri tous les murs facebook de vos contacts, il ne manquerait plus que vous n’en ayez pas envie !]

Alors comment répondre à cette envie de faire la fête, de profiter de ce nouveau droit, de faire reconnaître votre couple par le Maire devant tous vos amis et familles ET  célébrer sobrement et dignement votre amour qui, après tout, dure depuis déjà 18 ans ? Qui inviter ? Uniquement les gens qui vous ont soutenus ou bien inviter tout de même Tonton Facheau et Mamie Rainguard ?

Nous avons pris l’option de garder une part de militantisme à notre mariage, sans en faire une nouvelle Pride. Voici quelques idées :

  • inviter tout le monde mais préciser sur le faire-part « je viendrais avec plaisir » ou « je ne pourrai pas être à vos côtés » pour éviter les réponses faux-cul et pour que tout le monde comprenne que s’il vient, c’est avec plaisir et pas pour gâcher le tableau ;
  • choisir un thème sobre mais ajouter des décos arc-en-ciel ici et là pour rappeler l’évolution significative de la démocratie ;
  • inviter à un mariage mais souligner le côté « on l’a attendu alors maintenant on ne va pas se priver » sur le faire-part pour donner le ton ;
  • ne pas inviter ceux qui ne voudraient venir que pour pouvoir dire en soirée qu’eux aussi sont hype puisqu’ils ont assisté un mariage « entre deux personnes du même sexe » [OMG que ça fait plouc !!!!] le week-end dernier ;
  • inviter ceux qui ont fait toutes les manifs avec vous, même en plein froid, même s’ils ne sont pas homos et même s’ils ne sont pas vos plus proches amis car leur engagement vous est allé droit au coeur à l’époque et que ça vaut le coup de dire « merci » ;
  • ne pas sombrer dans le cliché « vous mettrez deux robes blanches ou pas ? » que tout le monde va vous demander à chaque annonce de votre mariage et leur demander si cela changera fondamentalement quelque chose à l’amour que vous vous portez ;
  • s’appuyer sur des prestataires sympas, gay friendly mais qui n’en feront pas tout un sketch (le mec qui, à la première visite de son lieu, vous dit en vous prenant par les épaules qu’il s’attendait à une nouvelle clientèle mais que quand même, ça lui fait quelque chose que vous soyez son premier « couple de même sexe » [re OMG !!!!] à venir le voir pour un mariage : vous oubliez !)…

Vous trouverez mille et une manières de rester dans l’esprit de votre action sans faire de votre union un cliché pour émissions de téléréalité ridicules, mais surtout, restez vous-mêmes. On en a tellement ch… pour y arriver, on ne va pas se laisser bouffer par les conventions de nos grands-parents ! 😉

On est au 21ème siècle fichtre !!!

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Chronique d’une militante ordinaire

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Mardi 23 avril 2013

17h07 : En direct de l’Assemblée Nationale, la larmichette qui pointe déjà le bout de son nez en entendant certains députés expliquer leur vote en faveur de l’égalité de tous devant le mariage, voilà un troupeau de jeunes puceaux en cols vichy qui se jettent sur nous, nous piétine pour aller accrocher une banderole en criant « référendum » dans l’hémicycle. Panique, angoisse, stress et trouille au rendez-vous, nous tentons de nous calmer pour ne pas nous faire sortir à notre tour, pas si près du but.

17h09 : Claude Bartolone proclame les résultats du vote. Nous pleurons de joie, de bonheur, de fierté, d’émotion. Les députés se tournent vers nous, extrêmements émus eux aussi, et je ne peux m’empêcher de leur dire « merci ». Illico presto, un huissier me demande de passer au dernier rang. Ben oui, quoi, faut pas parler aux députés voyons. M’en fout, le vote est passé et je ne pouvais pas ne pas les remercier pour ce qu’ils ont enduré depuis des mois pour qu’un jour, proche maintenant, je puisse parader dans ma belle robe à froufrous au bras de ma femme. Du dernier rang, entre deux sanglots, j’entends, plus que je ne vois, Christiane Taubira lâcher encore quelques mots forts et puissants, un message à ceux qui ont été blessé, un message aux plus jeunes pour leur assurer leur « normalité » malgré une minorité virulente ces derniers temps.

17h15 : après avoir applaudi et salué Corinne Narassiguin, nous voilà dans le grand escalier, en train de descendre pour regagner l’extérieur quand une blonde décolorée se fait huer. Insulter. Hurler dessus. Bon, il faut dire aussi que ça fait des mois que l’on dit aux militants LGBT de ne pas être violents, alors forcément, le jour où ELLE passe sous leur nez, ils ont un peu de mal à ne pas la traiter d’homophobe. Sa réaction est surprenante, elle semble désemparée et inquiète de réaliser qu’autant de gens la détestent. Et oui Virginie, c’est ça qui est dur dans la vraie vie : affronter les yeux dans les yeux des gens que l’on a fait souffrir depuis si longtemps !

17h40 : Nous retrouvons une députée PS avec qui nous allons boire un verre dans un café proche. Déjà, les CRS barricadent énormément le quartier, nous obligeant à faire quelques détours. Après une fausse alerte à la bombe dûe à une paranoïa ambiante, nous profitons d’un verre convivial avec la députée et son attachée.

18h30 : Nous décidons de nous rendre en métro au lieu de rendez-vous, place Baudoyer devant la Mairie du IVème arrondissement. Dans le métro, à Concorde, un groupe de pro-mariage scande des slogans que nous reprenons en choeur, certains un peu inquiets de se faire repérer par des opposants qui auraient pu être violents, comme ils l’ont prouvé ces dernières semaines. Finalement la liesse prend le dessus et c’est en criant notre joie de voir l’égalité avancer que nous arrivons sur une place surchargée ! Après un déplacement en mode « à la queue leu-leu » un peu compliqué, nous finissons par nous approcher du podium où les discours se succèdent. C’est une foule heureuse et fière qui se masse ici. Des homos, des trans, des hétéros, des rien-du-tout et des tout-ça-en-même-temps se mélangent et partagent leur joie et leur émotion.

19h15 : Elle pose un genou au sol, me regarde avec un grand sourire et un oeil brillant et me demande : « Veux-tu m’épouser en 2014 ? ». Les amis applaudissent, et je lui réponds « oui », ce « oui » que j’ai tant rêvé de lui dire et qui devient aujourd’hui enfin une réalité… Un si joli jour pour une si jolie demande ! Je réalise que demain, nous fêterons notre troisième année de PACS, triste démarche administrative, dont la date s’efface mois après mois pour ne laisser dans nos mémoires que celle de notre grande fête de juillet 2010.

22h00 : Quelques bières plus tard,  nous partons dîner dans un restaurant japonais qui nous offre le champagne et nous profitons de ces instants de bonheur, entre amis, conscients de l’immense chance que nous avons de nous trouver à cet endroit à ce moment précis de l’histoire. Nous avons gagné, nous avons fait avancer l’égalité d’un pas aujourd’hui. La Marseillaise dans la rue, les caméras, encore et toujours, les interviews, les textos des parents, des amis, des collègues : ce soir, nous sommes à la fête et tout notre entourage le sait et pense à nous. Ce soir, notre coeur est un peu plus gros que d’habitude, notre ivresse un peu plus joyeuse et nos rencontres un peu plus jolies.

01h00 : Arrivée dans un bar où se tenait une soirée, nous voici à une douzaine à partager une autre bouteille de champagne offerte par un ami. La vie est belle, la fatigue se fait sentir mais l’instant présent est imprégné d’une richesse et d’une émotion que nous garderons tous présentes au fond de nous pour les coups durs que la vie ne manquera pas de nous offrir dans notre chemin vers l’égalité.

03h00 : Epuisée mais heureuse, je jette un oeil aux journaux des chaînes d’information en continu et constate que toutes parlent de cette victoire de la Démocratie sur la haine, de l’amour sur le terrorisme. Dans un demi sommeil, dans ma tête résonne encore « Egalité ! Egalité ! On va s’marier ! Et adopter ! »…

Mardi 24 avril 2013

7h00 : « Aïe, ma tête… C’est pas grave, on va se marier !!!!! » et la fierté d’être enfin une citoyenne comme les autres me donne la force de me lever et de partir heureuse au travail, sur mon petit nuage. Finalement hier, c’est un peu comme si j’avais rencontré l’amour une nouvelle fois…