Il vaut mieux une famille gay… qu’une famille triste :)

J’ai écrit ce texte en 2009, quelques mois avant de commencer ce grand et long parcours de PMA. Je le partage aujourd’hui pour que ceux et celles qui ne connaissent pas ces difficultés puissent toucher du bout des doigts ce que l’absence d’enfant peut faire souffrir parfois. En le publiant, je pense évidemment à mes amies pour qui ces mots sont toujours d’une actualité insupportable et je leur envoie toutes mes pensées et beaucoup de courage. Si je devais le réécrire, je modifierais la dernière partie car il ne s’agit pas que de vouloir pour avoir un enfant. Il faut aussi que Dame Nature se préoccupe un peu de votre sort à un moment… #grossetruie

Paris le 24/11/09

Une envie sourde, un besoin vital. Comme l’impression de ne pas pouvoir réussir à respirer, d’avoir la cage thoracique écrasée par un poids insoutenable.
Pourquoi ce besoin ? Plus qu’une envie, pourquoi la nécessité d’avoir un enfant vient-elle me prendre de manière aussi ténue ? De nombreuses femmes souhaitent avoir un enfant, de nombreuses femmes « tombent enceintes », comme par surprise. Moi je le veux plus que tout au monde, et malgré cela, les lois de la biologie m’empêchent d’accomplir ce désir qui est plus une nécessité. Comme les choses sont étranges ! Pourquoi une jeune fille de quinze ans peut-elle subitement attendre un enfant dont elle ne veut pas tandis que moi, qui ne désire rien d’autre, je ne parviens pas à trouver la minuscule graine dont j’ai besoin ?
Il ne me faudrait pourtant pas grand chose. Un truc microscopique, très répandu finalement, mais que je ne peux générer par moi-même. Il y en a partout, les hommes ne se rendent pas compte de la richesse que ces graines peuvent représenter. Et sans elle, tout le reste perd tout son sens, tout son intérêt.
Pourquoi construire un couple si ce n’est pas pour pouvoir transmettre, donner tout ce que l’on a à donner ? Transmettre une culture, des valeurs, des envies, des rêves ; donner de l’amour, de l’envie, de la chaleur, du réconfort…
Je ne veux pas me prolonger, ou quelque chose comme ça, je ne veux pas reproduire l’espèce ni avoir quelqu’un qui s’occupe de moi quand je serai vieille, je veux juste pouvoir faire la seule chose que j’ai toujours su faire : aimer. Aimer un enfant, lui donner par amour tout ce que l’on peut donner de soi à quelqu’un. Aimer ma femme c’est déjà énorme. Mais aimer un enfant avec elle, ce serait tellement immense. Pouvoir vivre ensemble ce que l’on souhaite le plus, c’est à dire élever un enfant, à deux, lui montrer nos chemins, des possibilités, le laisser choisir le sien, être surprises, parfois déçues par ses choix… Le soutenir dans ses combat, l’aider dans ses erreur, lui apporter le réconfort et la tendresse dont il a besoin, le couvrir sans l’étouffer, le protéger, puis lui apprendre à voler, à quitter le nid…
Ce serait comme mettre du bonheur au monde, ajouter un peu de bonté à cette terre, de la douceur. Et vivre avec ce sentiment que l’on a quelqu’un avec qui l’on a partagé l’essentiel, le partager jusqu’à la fin, jusqu’au dernier jour. Partager le bonheur d’avoir donné tout ce que l’on met tant de temps à construire à quelqu’un. Et puis réunir toutes les jolies qualités de ma femme et les quelques miennes dans un enfant que nous aimerions à deux…

Je ne pense qu’à cela, je ne vis que dans l’espoir d’un jour sentir une chaleur intense dans mon ventre, que cette chaleur annonce la venue de celui que nous aimerons à deux plus encore que ce que nous pensions pouvoir aimer jusqu’alors !

Mais attendre, encore et toujours, chercher la bonne personne, le bon moyen, la solution à nos angoisses… Espérer que nous seront de bons parents, que nous pourrons réussir à répondre à ses questions, que nous parviendrons tout simplement à ce que ce rêve devienne réalité. Aujourd’hui il me semble si difficile de me projeter dans cette idée !
[…]

Il est difficile de vivre avec tout cela au quotidien. Et ces naissances qui n’en finissent plus autour de nous ! Ces femmes qui attendent un enfant, qui semblent surprises d’être enceintes ! Pourtant, il faut bien faire certains gestes techniques pour en arriver là, c’est un peu simple de faire comme si c’était totalement improbable ! Moi qui continue de rêver nuit après nuit que je suis enceinte, qui me réveille en pleurant parce que, dans mon cauchemar, le médecin m’a dit à six mois qu’il s’agissait d’une grossesse nerveuse, comme les chiennes !

Un jour je porterai notre enfant, un jour nous y arriverons, je me dis qu’il suffit de le vouloir réellement, très fort, et de s’en donner les moyens. Mais aujourd’hui les moyens me semblent encore inatteignables. Il nous faut du temps, de la patience, et sans doute encore beaucoup de dialogue. Nous avons besoin de faire ce chemin à deux, pas moi seule, évidemment. C’est un projet que je veux construire avec Elle, certainement pas seule. J’ai donc besoin que nous soyons deux à partager ces préoccupations. Et pour cela également il nous faut encore du temps…

Mais un jour viendra où nous serons trois… ou quatre !

Aujourd’hui, Dame Nature a enfin, des années plus tard, décidé de nous octroyer le ventre rond. La douleur de l’attente et du parcours reste réelle malgré l’immense chance que nous avons finalement eue. Mais le bonheur n’efface pas la douleur… Il la dépasse mais la cicatrice reste.

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Aujourd’hui je pense aux oubliés de l’égalité

Les mariages pullulent et ne se ressemblent pas, mais l’émotion d’enfin pouvoir se dire « oui » devant M. (ou Mme) le Maire, c’est tout de même un truc incroyable auquel on a encore du mal à croire !

Malheureusement, j’ai aujourd’hui une pensée pour tous ceux pour qui ce projet de loi a créé des espoirs qui se retrouvent déçus.

Je pense aux couples de femmes séparées dont la maman sociale ne pourra pas adopter l’enfant. En effet, pour adopter, en France, il faut être marié. Et dans ce contexte, cela reviendrait à faire un mariage blanc, ce qui est toujours illégal… Ces femmes ont parfois reconstruit leur vie, souhaitent avoir un autre enfant avec leur nouvelle compagne, l’adopter et doivent pour cela se marier. L’ainé se retrouve donc dans l’incapacité légale d’avoir ses deux parents reconnus par la loi et reste en danger.

Je pense aux couples d’hommes en train d’attendre leur enfant adopté à l’étranger en tant qu’homme seul, qui ne peuvent risquer de tout flanquer par terre pour se marier. Ils s’aiment certainement très fort mais ne peuvent protéger leur famille…

Je pense évidemment aussi aux couples bi-nationaux dont le pays de l’un lui interdit de se marier avec une personne de même sexe en France…

Et je pense à tous ceux et toutes celles qui espéraient la filiation dès la naissance et qui doivent aujourd’hui financer de nouvelles procédures complexes pour espérer pouvoir adopter leur enfant. L’adoption est un pas, mais il marginalise encore et toujours ces enfants qui, selon le bon vouloir du juge, peuvent être adoptés en simple ou en plénière, plus ou moins vite, avec plus ou moins de visites de l’assistant-e social-e.

Certains voudraient que je mentionne ici la PMA comme grosse déception et c’en est une. Mais la filiation dès la naissance me semble tellement plus structurante des droits de l’enfant, que je la place au premier rang des oubliés qui nous manquent aujourd’hui. La PMA concerne les parents avant tout, et bien qu’elle soit très pénible, coûteuse et usante à l’étranger, elle ne garantirait pas plus de droits à l’enfant d’une famille homoparentale qu’il n’en a aujourd’hui. La filiation, elle, le protègerait dès sa naissance, comme tous les enfants.

Vous êtes-vous déjà posé la question de la légitimité de la présomption de paternité des hommes mariés, ou même de la reconnaissance en mairie des couples hétéros non mariés ? Le père légal pourrait tout à fait ne pas être le père biologique, que la femme ait eu un amant ou qu’ils aient eu recours à un donneur de sperme, et ça, tout le monde s’en fout. Alors ne nous trompons pas de combat, c’est la filiation qu’il faut réclamer à corps et à cris, plus encore que la PMA.

Aujourd’hui, je pense à tous ceux que la loi oublie et qui se retrouvent bien plus isolés qu’il y a quelques mois. Aujourd’hui, nous fêtons l’égalité dans les mairies tous les week-end, mais n’oublions pas que pour certains, cette égalité n’est toujours qu’un rêve.

***

Nota : trois remarques avant de laisser libre cours aux éventuelles remarques :

  • je ne suis évidemment pas opposée à la légalisation de la PMA pour toutes les femmes en France, étant moi-même en parcours depuis plusieurs années à l’étranger, mais je crois que la priorité doit revenir à la protection des enfants par la filiation dès la naissance.
  • un autre combat qu’il me semble nécessaire de mener très rapidement concerne évidemment les droits des personnes trans, mais c’est encore un peu plus hors sujet « mariage » que ce que je viens d’énoncer. Ces personnes recevront néanmoins toujours mon soutien et font également partie des frustrés de l’égalité.
  • mes propos n’engagent que moi, évidemment.